Entretien

L’entretien avec des personnes-ressources (habitants d’un quartier, membres d’une famille, d’un club, etc.) est au cœur de l’enquête ethnographique. L’entretien ethnologique peut aller du « récit de vie » (autobiographie) à un ensemble de questions posées en fonction du thème d’observation. Par exemple, pour réaliser l’ethnographie d’une cour de récréation, on préparera un questionnaire précis sur les jeux, les thèmes de conversations, les groupes qui se forment en fonction de tels ou tels critères, etc. On peut décrire et distinguer trois types d’ entretiens en profondeur. -**a- Le premier vise à élaborer un récit de vie (une autobiographie sociologique). Ici, le chercheur s’efforce de saisir des expériences qui ont marqué de façon significative la vie de quelqu’un et la « définition » de ces expériences par la personne elle-même. -**b- Le deuxième type d’entretien en profondeur est destiné à la connaissance d’ événements et d’activités qui ne sont pas directement observables. On demande aux informateurs de décrire ce qui s’est produit et d’indiquer comment cela a été perçu par d’autres personnes. -**c- Le troisième type vise à recueillir des descriptions d’une catégorie de situations ou de personnes . On se propose d’ étudier un nombre relativement élevé de gens dans un temps relativement bref en comparaison avec la durée d’ une recherche entièrement fondée sur l’observation participante. On va, par exemple, interviewer vingt enseignants dans le temps qu’ on aurait mis à observer une seule classe. Les techniques de base utilisées dans ces trois types d’entretiens sont similaires. Strauss et al. (1964) considèrent les chercheurs qui pratiquent l’entretien ethnographique doivent, selon la règle d’ or de l’observation participante, devenir membres de la situation qu’ils étudient: la réussite des entretiens est à ce prix. Ils présentent une liste de questions qu’on peut utiliser pour faciliter la parole des enquêtés : -**il y a les questions où l’enquêteur se fait « l’avocat du diable », prend la position opposée à celle de l’enquêté; -**on peut formuler des questions sous une forme hypothétique; -**on peut aussi formuler une position idéale afin de découvrir comment l’enquêté idéalise des personnes et des situations; -**enfin, le chercheur, lorsqu’il approche de la fin de la recherche, peut faire état de ses interprétations de la situation Cela peut inciter les gens à se prononcer sur ces interprétations en leur opposant des opinions qui vont en en sens contraire de ce qu’ils pensent. Sources: LA MÉTHODE ETHNOGRAPHIQUE,présentée par Georges Lapassade / Lien

Observation

Avant de « lancer » les ethnokids dans le projet d’une enquête ethnographique sur leur quartier, il convient de leur donner quelques conseils aux élèves à propos de quoi observer et comment. Les pistes d’observation ci-après sont le résultat de plusieurs ateliers avec élèves d’établissements primaires et secondaires en France 1. Décrire un trajet quotidien : Je raconte un trajet de chez moi à ….. (l’école, un magasin, etc.) en notant tous les détails sur les lieux, les gens, la manière dont ils marchent ou se comportent, la manière dont ils communiquent, se saluent, etc. 2. Décrire une scène de la vie quotidienne : Je m’installe à un endroit que je connais bien dans mon quartier (square, stade, devant chez moi, etc. ) et je note tout ce qui se passe comme si c’était une scène de théâtre : comment est le décor ? Qui sont les « acteurs » ? Que font-ils ? 3. Décrire les gens de mon quartier :Je décris des gens de mon quartier, que je connais ou que je ne connais pas, comme si je les voyais pour la première fois. Je décris leur comportement, leurs vêtements, la façon dont ils se déplacent, leurs gestes, leurs paroles, leurs expressions, etc. 4. Établir un lexique de mon quartier :Je relève tous les noms de rues et j’essaie de les expliquer, de les illustrer. Je relève aussi le nom des bâtiments publics, des arbres dans les rues, des commerces dans le quartier, etc. 5. Réaliser et transcrire des Entretiens-rencontres :Je rencontre des personnes dans mon quartier et je les interroge sur ce qu’elles aiment, n’aiment pas dans le quartier. Je leur demande depuis combien de temps elles habitent là ? Qu’est-ce qui les a amenés à venir vivre là ? Comment elles vivent dans le quartier ? Je peux interroger des commerçants, des habitants, des ouvriers de la voirie, des animateurs, etc.

Inventaire


-*Définir avec la classe les frontières du quartier ou du périmètre à observer. On prévoir ici de faire une enquête sur des espaces ls plus familiers possibles des élèves. -*Pour commencer l’inventaire du quartier, on s’attache à faire nommer par les élèves, de façon brute et à la manière d’un « brainstorming », tous les éléments, objets, personnes/rôles, espaces et lieux qu’ils se souviennent avoir croisés, visités ou rencontrés dans le périmètre préalablement défini. -*on effectue ce travail au tableau, de façon à voir se former une constellation de mots au fur et à mesurer, qu’il faudra organiser ensuite selon un code de couleurs décidé ensemble: par exemple le vert pour les éléments de la végétation, le marron pour le mobilier urbain, etc. -*les élèves copient ce premier inventaire et le complètent après avoir observé durant leurs trajets les lieux cités en classe.

Cartographie


Parmi les techniques de l’enquête de terrain, la cartographie des lieux de vie (une ville, un quartier, une rue, une maison ou un appartement, une chambre, etc.) est très souvent utilisée dans les ateliers « Ethnologues en herbe ». D’abord imaginaire, sous forme de « Memory Maps », elle permet de faire surgir les représentations des espaces quotidiens. Ensuite confrontée au réel grâce à l’observation minutieuse, à la photographie ou au cheminement (ethnologie urbaine), la cartographie permet aux participants de poser leurs repères, d’échanger autour de ceux-ci, bref de réapprendre à voir leur environnement.

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Photographie


La méthode photographique est souvent recommandée pendant les enquêtes, les ethnologues de l’association travaillant depuis plusieurs années dans les établissements scolaires avec des photographes professionnels. On ne fera jamais assez de photos, à condition qu’elles soient toutes commentées et situées : heure, place, etc. On portera ces indications sur le Carnet où des séquences de photos pourront être reconstruites et commentées. La photographie est à la fois un outil d’observation et de médiation. L’ethno-cinéaste Jean Rouch montrait systématiquement ses images aux personnes filmées pour intégrer leurs réactions dans la réalisation finale du film. De la même manière, les photos peuvent faire l’objet de discussions, d’échanges, de réflexions sur leurs contenus ou leurs réalisations. Dans les ateliers d’ethnographie, la photographie remplit ce double rôle. Pour leurs prises de vues sur le terrain, les élèves utilisent des appareils photos numériques prêtés par l’association. La sensibilisation à la photographie se fait en lien étroit avec l’apprentissage des écritures de l’ethnographie, à la fois descriptives et narratives, les photos ponctuant les écrits, et vice-versa. La prise de parole autour des prises de vue naît de la confrontation des points de vue, c’est-à-dire des photos très diverses d’une même réalité prises individuellement par les élèves. L’exploration de l’image est travaillée au cours de l’atelier à l’aide de papiers calques permettant de détourer avec des feutres de couleurs, sur les photos généralement imprimées dans un premier temps en noir et blanc, les éléments pertinents. Des séquences de photos légendées sont construites au fil de l’atelier. Elles sont généralement consignées dans les carnets. Au moment de la conception des cartes des quartiers ou de la restitution des parcours dans un espace donné (ville, école, cours de récré, etc.), les séries de photos sont disposées et commentées. Ce qui donne lieu à de nouveaux échanges.