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ANTHROPOLOGIE

Du grec anthropos, l’homme et logos, science, l’anthropologie est « la science de l’homme, de ses origines, de son histoire, de ses mœurs et de ses activités. Elle englobe les champs de la préhistoire, de l’ethnologie, de la sociologie, et situe son analyse dans une perspective plus générale et comparatiste », (Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Pierre Bonte et Michel Izard, PUF, 1991). A ses débuts, l’ethnologie est liée à cette science qui, dès la seconde moitié du XIXème siècle, se consacre à l’étude des « variétés de l’espèce humaine ». Dans un atelier d’ethnographie, il importe de revenir sur les origines de l’ethnologie et de situer cette science sociale dans sa spécificité par rapport aux autres.

ALTÉRITÉ

L’ethnologie est une science de Soi et de l’Autre, une science de Soi avec l’Autre. L’expérience de l’altérité est indissociable de l’ethnologie. « L’expérience de l’altérité (et l’élaboration de cette expérience) nous engage à voir ce que nous n’aurions même pas pu imaginer, tant notre attention a du mal à se fixer sur tout ce qui nous est tellement habituel que nous finissons par estimer que tout cela va de soi. (…) Progressivement, la distance des sociétés qui ne sont pas les nôtres nous permet de nous apercevoir de ce qui dans les nôtres était jusqu’alors inaperçu et de réaliser que le moindre de nos comportements n’a vraiment rien de naturel. Nous commençons alors à nous étonner de nous-mêmes, à nous épier. La connaissance anthropologique de notre culture passe par la connaissance des autres cultures et nous conduit notamment à reconnaître que nous sommes une culture possible parmi tant d’autres, mais non la seule ». (La description ethnographique, François Laplantine, Nathan Université, 1996) L’altérité implique une relation, une conscience de la reconnaissance de l’autre dans sa différence. Le rapport à l’altérité est incontournable dans nos sociétés autant que la nécessité d’échange et de dialogue quand ce rapport se trouve abîmé, le lien social distendu par les a priori ou les préjugés. La notion d’altérité intervient d’autant plus dans chaque atelier d’ethnographie que ceux-ci se déroulent dans des classes multiculturelles, y compris très souvent dans les classes d’accueil d’élèves nouveaux arrivants. Chaque atelier d’ethnographie donne lieu à une confrontation de points de vue à partir d’une expérience commune, à savoir l’enquête ethnographique sur un thème de la quotidienneté concernant l’ensemble des élèves dans la classe, et au-delà, sur le réseau Internet. C’est à partir de cette expérience du même que se construisent échanges et rencontres réelles et virtuelles. Il s’agit ici d’un apprentissage de la rencontre, et plus précisément de reconnaître en autrui un sujet à la fois singulier et universel. L’idée n’est pas d’apprendre la culture de l’Autre, mais de saisir son humanité, c’est-à-dire autant ce qui le différencie dans son propre contexte que les valeurs communes qui peuvent en être dégagées.

CARNET DE BORD

Le Carnet de bord se définit comme suit : « Sur un navire de commerce, registre sur lequel sont consignés les horaires de marche et les renseignements relatifs aux conditions de travail ». C’est aussi, familièrement, « un journal tenu au jour le jour de façon détaillée ». Dans ces deux approches, on note à la fois l’importance de la chronologie et de la datation ainsi que l’idée de consigner des expériences personnelles vécues et saisies dans l’instant. Un invariant de l’enquête ethnographique est le « Carnet de terrain » ou « Journal de terrain » qui ne quitte pas l’ethnographe tout au long de son enquête. Le carnet de terrain sert à prendre des notes au vol, à tenir un vrai journal, à transcrire les entretiens, à dessiner une carte à main levée, à dessiner un paysage, une scène de la vie quotidienne, un objet et à les décrire, etc. Principal support de l’enquête ethnographique, il est généralement enrichi de photos, croquis, dessins ou encore schémas géographiques. Il se double d’une réflexion personnelle permettant de prendre une distance critique par rapport à l’ensemble des notes. Dans les ateliers d’ethnographie, chaque participant a son Carnet de bord où il consigne les résultats de son enquête de terrain au fil du temps.

CARTOGRAPHIE

La cartographie fait partie des techniques utilisées dans le cadre de l’enquête ethnographique. Dans son Manuel d’ethnographie, Marcel Mauss (Payot, 1947), accorde une place importante à la cartographie des sociétés observées et de leurs contenus : inventaire des personnes, des endroits, des habitats, des divers biotopes, plans des maisons, etc. Pendant un atelier d’ethnographie, la cartographie consiste à replacer sur des plans généralement dessinés par les élèves (memory maps) les repères, les frontières, les groupes ou individus rencontrés, les objets importants, etc. La cartographie est utilisée dans l’enquête ethnographique des espaces de vie : le quartier, l’école, la maison, un lieu de culte, etc. La réalisation de memory maps par les élèves permet aussi de restituer les enquêtes sous forme de « panneaux de cheminements ». Le travail de cartographie va de pair avec le travail photographique réalisé par les jeunes ethnographes : des tirages de photos de quartier ou de rues sont par exemple explorés avec des techniques de dessins sur calques.

CULTURE

L’ethnologie est une discipline relative à l’étude et l’analyse des cultures. Comme le dit Michel de Certeau, « la culture avance sur un sol instable » dès lors que le mot « culture » fait l’objet de plusieurs centaines de définitions. La culture, telle qu’elle est abordée par nos intervenants dans les ateliers, s’inspire de la définition de la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle ( 2001). « La culture englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ». Dans le contexte de mondialisation qui caractérise nos sociétés contemporaines, le concept de culture comme ordre, structure ou système, ne permet plus de rendre compte de la réalité car il renvoie aux notions de différences et de catégorisations longtemps chères aux ethnologues. Les cultures ne sont pas des ensembles hermétiques et homogènes. Elles reposent au contraire sur une dynamique interactionnelle, un processus de construction permanent, bref sur un métissage incessant. A cet égard, Martine Abdallah-Pretceille évoque le « baroque culturel » comme invitation à sortir du piège identitaire, du récit sur les racines et les origines. (L’éducation interculturelle, Abdallah-Pretceille, PUF, 2004)

DESCRIPTION ETHNOGRAPHIQUE

Le propre de la description ethnographique, c’est que ce qui est (ethnos) apparaît progressivement à la lumière de l’écriture (graphè). Michel de Certeau évoque « un mouvement qui va du voir à l’écrire », et qui, de l’écriture, revient au voir. « Ce que cherche à saisir la description ethnographique, (…) c’est la quotidienneté qui est un mode particulier de temporalité fait de répétition et d’événements (…). Si la description est moins temporelle que spatiale, c’est parce que l’activité même qui consiste à rendre visible suppose la médiation du langage, lequel ne tient pas en place et a un caractère éminemment rythmique. La description ethnographique est description d’un processus plus que d’un état, y compris dans la description des objets où il importe de raconter les processus de fabrication et d’utilisation. « Une description n’est jamais neutre. D’un même paysage, d’une même scène de la vie quotidienne, il existe des milliers de manières de rendre compte (La description ethnographique, François Laplantine, Nathan Université, 1996).

DÉTOUR

Pour l’ethnologue du « proche », le détour par une autre société n’a pas pour objet de stigmatiser les différences, mais d’apprendre à mieux regarder sa propre société qui est également objet d’étude. « Ce qui m’intéresse en premier lieu, c’est ma propre société », écrit Pascal Dibie, tout en prenant garde à ménager un nécessaire détour entre Chichery, son village de Bourgogne dont il a publié l’ethnographie et de fréquents séjours en Amérique du Nord et du Sud où il a mené divers terrains d’enquête. « Ce passage par l’autre obligé, ce « désapprentissage » périodique dont j’ai fait une de mes postures de chercheur, me permet de réactiver cette distance nécessaire pour mieux nous apercevoir dans notre apparente banalité, c’est-à-dire nous regarder vivre ». En ce sens, l’ethnologie est une science du détour. Dans la démarche proposée par l’association Ethnologues en herbe, c’est le multimédia, et en particulier le site www.ethnoclic.net qui rassemble le réseau des classes d’apprentis ethnographes dans le monde, qui permet ce détour par l’ailleurs.

DIFFÉRENCE

Les ateliers d’ethnographie ont pour objectif d’éduquer à la diversité culturelle en dépassant les différences culturelles et en évitant de ramener les jeunes participants à une culture d’origine qui n’est jamais unique mais bien métissée d’apports multiples. « Les différences culturelles ne peuvent être définies à partir de données objectives, de nomenclatures, de catégories ou de caractéristique que l’on opposerait. Elles peuvent être appréhendées dans leur rapport, leur relation, leur interaction, leur interférence, leur intersubjectivité. Ce sont en effet les relations qui concourent à attribuer des caractéristiques culturelles et non l’inverse. C’est donc la relation à l’Autre qui prime puisqu’elle donne du sens à chacun, et non pas les caractéristiques de chaque culture ». (Diagonales de la communication interculturelle, Abdallah-Pretceille, Anthropos, 1999).

DIVERSITÉ CULTURELLE

Le premier pas dans la compréhension de la diversité culturelle consiste d’abord pour les jeunes participants à ne pas identifier la diversité comme une juxtaposition de différences culturelles. La Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2001) (fichier téléchargeable sur le site de l’UNESCO) définit pour la première fois la diversité culturelle comme « patrimoine commun de l’humanité ». Elle invite ainsi à penser la diversité en termes d’interactions et de dialogue entre les cultures et les individus. La Déclaration insiste sur l’aspect évolutif des cultures et sur leur métissage : « La culture prend des formes diverses à travers le temps et l’espace. Cette diversité s’incarne dans l’originalité et la pluralité des identités qui caractérisent les groupes et les sociétés composant l’humanité. Source d’échanges, d’innovation et de créativité, la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant. En ce sens, elle constitue le patrimoine commun de l’humanité et elle doit être reconnue et affirmée au bénéfice des générations présentes et des générations futures. » (Article 1) La Déclaration prend la diversité culturelle en compte à travers les deux défis qu’elle pose : d’une part un « vivre ensemble » fondé sur le respect du pluralisme culturel et d’autre part, une diversité d’expressions culturelles et artistiques qu’il convient de préserver au risque de couper de nombreux peuples et pays de leurs ressources vives. Le premier aspect de la diversité culturelle, en lien avec le pluralisme culturel, est formulé comme suit : « Dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il est indispensable d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques. Des politiques favorisant l’inclusion et la participation de tous les citoyens sont garantes de la cohésion sociale, de la vitalité de la société civile et de la paix. Ainsi défini, le pluralisme culturel constitue la réponse politique au fait de la diversité culturelle. Indissociable d’un cadre démocratique, le pluralisme culturel est propice aux échanges culturels et à l’épanouissement des capacités créatrices qui nourrissent la vie publique. » (Article 2) Le second aspect, en prise directe avec la mondialisation des industries culturelles dont la concentration est un risque permanent pour la diversité des expressions culturelles et notamment des langues, fait du respect de la diversité culturelle un facteur de développement. « La diversité culturelle élargit les possibilités de choix offertes à chacun ; elle est l’une des sources du développement, entendu non seulement en termes de croissance économique, mais aussi comme moyen d’accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante. » (Article 3) Enfin, la diversité culturelle présuppose le respect des droits de l’homme « La défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Elle implique l’engagement de respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales, en particulier les droits des personnes appartenant à des minorités et ceux des peuples autochtones. Nul ne peut invoquer la diversité culturelle pour porter atteinte aux droits de l’homme garantis par le droit international, ni pour en limiter la portée. » (Article4) Ainsi la défense de la diversité culturelle apparaît comme un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine.

ÉCOUTE

L’ethnologie est un « art de l’écoute », selon l’expression de l’ethnologue Monique Selim, car « elle incline à restituer la parole des sujets, leur vision des choses à travers leur propre histoire… Cette grande disponibilité d’écoute fait partie de la posture de l’ethnologue : -saisir au fil des entretiens « libres » (très rarement des questionnaires préétablis, ou alors de manière très souple sur base de guides d’entretiens) avec des personnes ressources ce qui fait sens  dans leur vie ; -laisser affleurer l’essentiel qui ne trouve généralement pas sa place dans les questionnaires quantitatifs ou simplement trop précis qui servent aux autres sciences sociales ; -se laisser étonner par le spectacle d’une quotidienneté où l’on croyait avoir tout vu, tout épuisé, et qui se révèle d’une infinie richesse dès lors que l’on revêt l’habit d’ethnographe, tous les sens aiguisés.

ÉCRITURES DE L’ETHNOLOGIE

Bien avant la naissance de l’ethnologie, les premiers récits des voyageurs tels que Hérodote, Marco Polo, Ibn Battuta et des milliers de navigateurs, scientifiques ou écrivains qui ont sillonné le monde après la découverte de l’Amérique, moment considéré comme fondateur dans la vision du monde occidental, ont livré des récits où ils décrivent les populations des pays qu’ils traversent. Beaucoup d’ethnologues ont de véritables talents d’écrivains : de Bronislaw Malinowski à Michel Leiris en passant par Claude Levi-Strauss, et plus récemment Marc Augé ou Pierre Sansot. Parmi les ethnologues qui ont placé leur talent littéraire dans la transcription de leurs enquêtes ethnographiques, on commencera par Bronislaw Malinowski qui nous livre en 1922 un des textes fondateurs de l’ethnologie contemporaine (Les argonautes du Pacifique occidental), où il décrit la civilisation des Iles Trobriand à travers un système d’échanges symboliques (la Kula). Pendant son travail de terrain, il a écrit son journal, véritable modèle du genre, qui restera un temps censuré tant y est crue la description des conditions de vie, des émois et des troubles de l’ethnologue. L’œuvre de Michel Leiris conjugue deux activités qui sont pour lui les deux faces de la recherche anthropologique qui consiste, selon lui, à « accroître la connaissance de l’homme, tant par la voie subjective de l’autobiographie et de l’expérience poétique, que par la voie moins personnelle de l’étude ethnographique ». Et certains écrivains pourraient facilement se présenter comme des ethnologues : d’Emile Zola à Victor Segalen, et plus récemment Nicolas Bouvier, François Maspero et surtout Georges Perec dont les textes d’une grande précision ethnographique sont des témoignages précieux sur la modernité. Les « Carnets d’enquêtes » d’Emile Zola sont à ce titre exemplaires. Quant à Georges Perec, il inspire le travail que nous menons avec les apprentis ethnographes sur les pratiques de l’espace, à partir de textes tels que « Espèces d’espaces » ou « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien ». Les ateliers d’ethnographie convoquent plusieurs types d’écritures, y compris poétiques, car l’observation et la description de la quotidienneté a aussi pour but de réenchanter le monde. A la manière de « L’homme sans qualités » de Rober Musil, il faudrait que chaque participant puisse dire à l’issue de l’atelier : « Vous n’avez pas idée combien, avec ces petits détails, on devient immense, c’est incroyable comme on grandit ».

ÉDUCATION À LA DIVERSITÉ CULTURELLE

La plupart de nos sociétés sont multiculturelles et le seront toujours davantage. Il importe par conséquent, presque partout dans le monde, de définir l’acte éducatif ou pédagogique par rapport à un public culturellement hétérogène. La reconnaissance de la diversité culturelle à l’école et l’assurance que chaque élève vive le temps de sa scolarité comme une expérience enrichissante de la pluri-appartenance, sont les conditions pour favoriser l’accès de chacun au savoir, pour former les futurs citoyens d’un monde multiculturel et contribuer ainsi à l’égalité des chances. Au-delà du simple constat de la diversité, la question est de savoir quelles approches pédagogiques peuvent faire prendre conscience de sa richesse. Les écueils sont nombreux car le risque est sans cesse présent d’aborder la diversité culturelle par la juxtaposition des différences culturelles, ce qui a pour effet de cristalliser les différences, de réveiller les stéréotypes et préjugés et par conséquent, d’attiser les tensions. Comment sensibiliser les jeunes à la diversité culturelle en évitant que «l’autre » culturel soit appréhendé dans sa différence? Comment faire en sorte que l’accent soit mis non pas sur « eux » mais bien sur la relation «eux-nous»? On distingue généralement l’éducation multiculturelle, l’éducation interculturelle et l’éducation à la diversité culturelle. L’éducation multiculturelle s’appuie principalement sur l’anthropologie culturelle américaine qui considère l’irréductibilité de chaque culture comme système de valeurs et de croyances. Dans cette perspective, toute culture doit être réservée dans son unité et ses contenus doivent être pris en compte à l’école. Ce modèle est généralement mis en place quand des minorités ethniques refusent d’adhérer aux pratiques d’assimilation et d’acculturation des groupes majoritaires. Ce type d’approche aboutit souvent à un rapport binaire entre les groupes culturels et est marqué par une absence de réflexion sur la diversité culturelle du fait que l’accent est mis sur les différences. L’éducation interculturelle et l’éducation à la diversité culturelle incarnent des approches relativement similaires : l’une et l’autre reconnaissent que chaque individu vit en permanence un processus d’acculturation ; elles prônent une pédagogie de l’altérité par l’apprentissage de l’égalité dans la réciprocité; elles s’adressent à tous les élèves et pas uniquement aux élèves étrangers ou issus des minorités. L’éducation à la diversité culturelle invite chaque élève à prendre acte de la diversité culturelle dans un esprit d’ouverture et de dialogue, sans jugement ni a priori. Elle permet de se décentrer pour éviter les préjugés inhérents à la différence culturelle et, ce faisant, de lutter contre l’ethnocentrisme. Afin de relever ce pari de l’éducation à la diversité culturelle, l’association Ethnologues en herbe s’appuie sur la transmission aux élèves d’une méthode spécifique à l’ethnologie : l’ethnographie de la vie quotidienne. C’est à partir d’enquêtes ethnographiques réalisées par les élèves sur diverses thématiques de la vie quotidienne – terrain commun regardé, observé, raconté selon divers points de vue – que s’engage un dialogue entre les élèves dans la classe et au-delà, classes de différents pays rassemblées sur le site www.ethnoclic.net pratiquant toutes le même type d’ateliers. Tous nos ateliers ménagent le passage successif par le travail d’enquête personnel sur un thème donné (le quartier, l’école, le trajet quotidien, le jeu, les âges de la vie, le genre, etc.) et par la mise en commun des résultats de ces enquêtes afin de construire un point de vue commun (cartographie du quartier ou exposition virtuelle d’objets correspondant à des thèmes donnés par exemple) à partir des différents points de vue. Cela permet à chacun à la fois de faire valoir son expression personnelle puis de se décentrer pour construire ensemble une représentation commune.

ENQUÊTE

L’enquête ethnographique, c’est le temps passé par l’ethnologue sur le terrain. Le temps où il mobilise les diverses techniques d’enquêtes telles que l’écriture, la cartographie, la photographie, etc. Le temps où il collecte ses informations en interrogeant des personnes ressources à partir de guides d’enquêtes. En rassemblant toutes sortes de données brutes : documents, cartes, notes, etc. C’est à partir de l’enquête que se construit le travail d’analyse et d’interprétation de ce qui est dit, de comment c’est dit ; de ce qu’on a vu, de ce qui est caché sous l’apparence.

ENTRETIEN

L’entretien avec des personnes-ressources est une des techniques de l’enquête ethnographique. L’entretien peut aller du « récit de vie » (autobiographie) à un ensemble de questions posées en fonction du thème d’observation. L’entretien est a priori incontournable dans une enquête ethnographique, mais sa pratique dans le cadre d’ateliers d’ethnographie n’est pas facile car les entretiens exigent une préparation et un suivi (retranscription) qui n’est pas toujours à la mesure des jeunes participants, notamment pour des élèves en apprentissage de français. La préparation d’entretiens semi directifs pose d’emblée le problème qu’il faut laisser la parole des personnes interrogées advenir sans la diriger totalement, ce qui insécurise les élèves déjà intimidés à la perspective d’interroger des personnes inconnues. L’élaboration du guide d’entretien est bien sûr spécifique à chaque type d’enquête ethnographique. Dans le cadre des ateliers, la retranscription d’un entretien ne doit pas dépasser trois ou quatre pages. Si la retranscription est trop difficile, des notes peuvent être prises au vol pendant l’entretien, et celui-ci est retravaillé dans le cadre d’un groupe de parole avec l’ethnologue, peu après la rencontre.

ETHNOCENTRISME

L’ethnocentrisme est une attitude qui consiste à juger les pratiques culturelles des autres au regard de ses propres normes sociales considérées comme seules valables.

ETHNOGRAPHE

« Nous avons besoin des ethnographes pour comprendre (et parfois nous le comprenons à leurs dépens) et pour modifier notre attitude occidentale, après avoir mesuré tout ce qui la sépare d’autres attitudes possibles » (Octave Mannoni, Terrains de mission, les Temps modernes, Paris, Juin Juillet 1971). L’ethnologue et l’ethnographe ne font qu’un. Ce sont deux rôles exercés dans deux temps différents d’une même recherche. L’ethnographe a pour vocation de collecter les données de terrain, dont le sens est ensuite extrait. C’est ce qui fait l’analyse ethnologique. La position de l’ethnographe-ethnologue n’est pas toujours aisée : il ou elle arrive dans un lieu où personne généralement sur un terrain où on ne l’attend pas, où on ne comprend pas toujours très bien l’objet de sa présence. Un « vrai » terrain d’ethnographie impose des allers et retours à divers intervalles, un passage incessant entre la collecte et l’analyse et souvent au fond, un investissement total de l’être et de la pensée. Voir à ce propos l’œuvre de Bronislaw Malinowski et le passage entre son journal de terrain et son œuvre « Les argonautes du Pacifique occidental ». L’important pour l’ethnographe-ethnologue est de se laisser porter et même souvent surprendre par ce que lui révèle au jour le jour son terrain et en même temps de nouer un véritable dialogue avec les personnes qu’il rencontre. Dans le cas contraire, le terrain risque d’être biaisé et l’ethnologue de repartir avec de fausses certitudes. L’organisation des données récoltées sur le terrain et le sens qui en est retiré par l’ethnologue, sont restitués au groupe étudié de manière à ce que l’échange se poursuive et avec lui, le terrain d’enquête. L’ethnographie concerne autant ce qui est regardé et questionné que celui qui regarde et questionne. Des liens se nouent sans cesse entre le regard et le discours, les êtres et le langage.

ETHNOGRAPHIE

L’ethnographie se définit comme « l’observation rigoureuse, par imprégnation lente et continue, de groupes humains minuscules avec lesquels les ethnologues entretiennent un rapport personnel » (La description ethnographique, François Laplantine, Nathan Université, 1996). La collecte des données de terrain convoque plusieurs techniques : l’écriture, la cartographie, la photographie, le film, etc. « Cette expérience, à dire vrai étrange, qui consiste à nous étonner de ce qui nous est le plus familier (ce que nous vivons quotidiennement dans la société où nous sommes nés ou qui nous accueille depuis longtemps) et à rendre plus familier ce qui nous paraissait originellement étrange et étranger (les comportements, les croyances, les coutumes des sociétés qui ne sont pas les nôtres) est l’expérience même de l’ethnographie, ou comme on dit, du terrain. C’est une activité résolument perceptive, fondée sur l’éveil du regard et la surprise que provoque la vision, cherchant, dans une approche délibérément microsociologique, à observer le plus attentivement possible tout ce que l’on y rencontre, y compris et peut-être même surtout les comportements les plus anodins, les aspects accessoires du comportement, certains petits incidents, les gestes, les expressions corporelles, les usages alimentaires, les silences, les soupirs, les sourires, les grimaces, les bruits de la ville et les bruits des champs » (La description ethnographique, François Laplantine, Nathan Université, 1996) La « méthode ethnographique », c’est l’ensemble des méthodes empiriques, des recettes grâce auxquelles, en situation d’enquête, l’ethnologue établit entre son terrain et lui, la relation la plus pertinente. Il n’y a pas une méthode unique, mais plutôt un ensemble de « techniques d’enquêtes » selon les terrains et la personnalité des ethnologues. L’observation participante, dite aussi « flottante » ou in situ est une méthode commune à tous les ethnologues. Elle consiste pour lui à se fondre dans un groupe dont il apprend la langue et les usages afin de les transcrire tels quels, « bruts » en quelque sorte, de manière à rassembler le matériau le plus objectif possible. Dans cette position, l’ethnologue devient presque un membre de la société qu’il étudie et c’est ainsi peut-être qu’il se dépouille de ses a priori.

ETHNOLOGIE

L’ethnologie est une science sociale qui ne se définit pas facilement. Les dictionnaires courants en donnent diverses interprétations et l’étymologie du mot (du grec ethnos, peuple ou nation, et de logos, traité ou étude) peut se révéler un piège. Littéralement, le mot ethnologie signifie l’étude des peuples et des ethnies. Le mot « ethnie »  désigne quant à lui « un ensemble linguistique, culturel et territorial d’une certaine taille » (Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Pierre Bonte et Michel Izard, PUF, 1991). L’élargissement des champs d’exploration de cette science aux sociétés occidentales nécessite une approche plus vaste. « L’ethnologie est l’étude en profondeur, par connaissance directe et immersion de longue durée, d’une réalité sociale quelconque : une ethnie, un quartier, une institution. Elle repose sur la mise en perspective théorique des faits rapportés par l’ethnographie ». (Comment je suis devenu ethnologue, sous la direction d’Anne Dhoquois, le Cavalier Bleu, 2009) Se définissant comme « un mode original de connaissance » des hommes plus qu’une « source de connaissance particulière », comme dit Claude Levi-Strauss, l’ethnologie est une science sociale qui ne cesse de se remettre en question, en particulier dans la construction d’une dimension réflexive qui inclut les sociétés occidentales. L’ethnologie contemporaine  dite « ethnologie du présent », « ethnologie du quotidien », « ethnologie de proximité » ou « ethnologie du proche » se démarque depuis un demi-siècle d’une science strictement exotique, englobant une dimension réflexive où les ethnologues étudient leurs propres sociétés. C’est ce qui est demandé aux jeunes participants aux ateliers d’ethnographie. Cette démarche se justifie d’autant plus qu’elle permet de rendre compte d’une diversité culturelle qui ne se conjugue plus entre ici et ailleurs mais au sein même de chaque société. En tant que science qui se préoccupe des humains vivant en société, l’ethnologie est de fait une discipline relative à l’étude et l’analyse des cultures. Sa pratique permet de connaître une culture de l’intérieur et de la sorte, combattre l’ignorance, les préjugés et l’intolérance qui en découle. Ouverte et à l’écoute, elle aide à trouver la bonne distance relationnelle, c’est-à-dire exercer son sens critique non pas en toute objectivité mais dans le souhait de laisser se dessiner la réalité du terrain sans la détourner ni la forcer. Enfin, et c’est essentiel pour ce qui concerne la vocation pédagogique de l’ethnologie, cette science se définit par une méthode qui lui est spécifique, à savoir l’ethnographie.

ETHNOLOGUE

Souvent en atelier, principalement dans les lycées où les questions d’orientation commencent à se poser, les élèves demandent aux ethnologues intervenants en quoi consiste le métier d’ethnologue. Les carrières résultant d’un cursus d’ethnologie sont diverses. L’ethnologue, quand il a écrit une thèse d’ethnologie, travaille généralement comme chercheur ou enseignant-chercheur, à l’université ou dans un laboratoire de recherches. Le propre de l’ethnologue, pendant toute sa carrière, est d’aller chercher l’information là où elle se trouve, c’est-à-dire sur « le terrain » : en vivant avec les gens, en apprenant leur langue, en les écoutant, en participant à leurs activités. Ce terrain ou lieu de travail de l’ethnologue relève de la pratique de l’ethnographie. Auparavant, il existait des « ethnologues de cabinet » travaillant à partir de documents, mais le plus souvent, l’ethnologue passe le plus de temps possible sur son terrain où il récolte tout type d’informations : croyances, organisation politique, économique, sociale, familiale, etc. Longtemps, les ethnologues ont réalisé des « monographies » où ils synthétisaient les informations récoltées sur leur terrain essayant de décrire de façon exhaustive l’ensemble du vivre-ensemble d’un groupe ou d’une communauté. Partir sur le terrain permet de confronter une image ou une représentation, certains préjugés que l’on pouvait avoir avant d’arriver, avec la réalité des choses. Du moins si on se place dans une position d’observation et d’écoute et que l’on accepte de se remettre en question. Paru en 2009, le livre Comment je suis devenu un ethnologue, sous la direction d’Anna Dhoquois (le Cavalier Bleu), donne la parole à douze ethnologues français dont plusieurs (Marc Augé, Pascal Dibie, Monique Sélim, etc.) inspirent la démarche de l’association. Ce livre constitue une belle entrée en matière pour comprendre le métier d’ethnologue.

HISTOIRE DE L’ETHNOLOGIE

Même si l’ethnologie contemporaine se démarque totalement de celle du XIXème siècle, on ne peut évoquer cette science sociale sans revenir sur son histoire et ses origines. A ses débuts, l’ethnologie est étroitement liée à l’anthropologie qui se consacre à l’étude des « variétés de l’espèce humaine » et à leur classement sur l’échelle de l’évolution. L’ethnologie porte une part de responsabilité dans cette étude des races et dans les théories classificatoires de l’anthropomorphisme. Elle contribue aussi à enfermer dans les représentations ethnocentriques, les sociétés lointaines considérées comme des ensembles figés dans le temps et dans l’espace et données à voir comme des sociétés inférieures, notamment par le fait que beaucoup d’entre elles sont sans écriture. C’est ainsi que se modèle une pensée du monde et de ses diverses cultures, les unes résolument vouées à un devenir, les autres enkystées dans le passé des peuples dits sans histoire. Cette position « ethnocentrique » qui se traduit par une attitude de mise à distance de l’Autre, a contribué à cristalliser nombre de préjugés et à enfermer des peuples et des individus dans des représentations souvent dévastatrices. Cette pensée a perduré pendant toute la période de colonisation et n’est pas encore complètement extirpée des esprits. Et ce, même si devant les désastres du colonialisme, de nombreux ethnologues ont pris depuis une position engagée, devenant, selon l’expression de Michel Leiris, des « avocats naturels » des populations qu’ils étudient. Tandis que vis-à-vis des sociétés dites « lointaines », les études anthropologiques et ethnologiques confortent l’Occident dans son effort de classification des races, ces mêmes études, au sein des sociétés occidentales, valorisent les traditions culturelles qui fondent les identités nationales ou régionales. L’ethnologie de la France prend naissance avec les travaux des « folkloristes » qui réalisent des inventaires systématiques des cultures locales. Très proches de la démarche des Arts et Traditions Populaires, ils s’appuient sur les travaux d’érudits et de voyageurs du début du XXème siècle. Ainsi Van Gennep (1873-1957) publie entre 1937 et 1957 son « Manuel de Folklore Français Contemporain ». L’ethnologie de la France est principalement dirigée vers le monde rural. Ce n’est que sous l’influence des sociologues américains de l’Ecole de Chicago que la ville sera peu à peu investie. Peu à peu, les oppositions entre monde rural et urbain, entre tradition et modernité, s’effacent dès lors qu’elles perdent leur sens dans des processus plus vastes qui privilégient échanges et hybridations. De même l’écart entre ici et ailleurs se réduit dans les processus de mondialisation et l’ethnologie « exotique » des origines, qui maintenait à distance les sociétés lointaines qualifiées de « primitives » ou « barbares », se transforme ou en tout cas s’enrichit d’une ethnologie du proche, plus réflexive où tous les mondes contemporains, y compris occidentaux, sont décryptés. Cette évolution radicale de la discipline n’est pas sans poser, aujourd’hui encore, des problèmes d’ordre épistémologique.

IDENTITÉ

Ce qu’il importe également de mettre en relief dans la présentation de cette notion aux apprentis ethnographes, c’est qu’un individu n’est jamais le produit d’une seule culture mais de plusieurs cultures qu’il travaille et modifie selon des stratégies qui lui sont propres et en allant puiser dans un environnement lui-même pluriel. Ces cultures familiales, communautaires, politiques, régionales, religieuses, professionnelles, générationnelles se conjuguent en chaque être au fil du temps.

MULTIMÉDIA

Le site actuel est né du premier site de l’association ouvert en 2000 et qui permettait à des classes du monde entier de publier les résultats de leurs enquêtes ethnologiques dans leur environnement proche; il succède au site www.ethnoclic.net ouvert en 2009 et qui proposait à la fois de diffuser les résultats des ateliers des ethnologues en herbe ainsi que des premiers supports pédagogiques pour aborder l’ethnologie dans la classe.

Le site actuel inauguré en 2017 a pour objectif de présenter les approches méthodologiques de l’association ainsi que l’éventail de ses actions destinées à différents publics. Il donne également à voir sous diverses formes multimédias (POM, diaporama, film) les productions réalisées dans le cadre des différentes interventions de l’association. 

 

OBSERVATION PARTICIPANTE

L’observation participante, dite aussi « flottante » ou in situ est une méthode commune à tous les ethnologues. Elle consiste pour lui à se fondre dans un groupe dont il apprend la langue et les usages afin de les transcrire tels quels, « bruts » en quelque sorte, de manière à rassembler le matériau le plus objectif possible. Dans cette position, l’ethnologue devient presque un membre de la société qu’il étudie et c’est ainsi peut-être qu’il se dépouille de ses a priori. S’exerçant dans le cadre de l’observation participante où l’ethnologue s’immerge dans son terrain, le regard ethnologique conduit à se remettre en question, certaines idées précédant l’enquête ethnographique s’avérant fausses une fois confrontées à la réalité du « terrain », aux liens qui se nouent avec les personnes concernées au fil des entretiens et du dialogue qui s’instaure.

PÉDAGOGIE

Les ateliers d’ethnographie mettent en place une « ethno-pédagogie » (Jean-Michel Le Bail, inspecteur d’Académie) pertinente dans le cadre d’une classe multiculturelle, pour l’acquisition d’une série d’apprentissage. -Les ateliers proposent aux élèves une redécouverte du quotidien, et leur donnent la possibilité d’ouvrir leur regard sur leur environnement. -Ils permettent notamment de dépasser l’image d’un quartier défavorisé en les invitant à valoriser leur environnement. -Ils ont pour objet de ré-enchanter la réalité, de redonner du sens au quotidien, d’y déceler des choses exceptionnelles, ce qui permet d’ouvrir le regard et de sortir des cadres imposés notamment par les médias -Ils permettent l’intégration dans l’école de quelque chose qui n’est pas l’école et ouvrent en ce sens la voie à la dimension partenariale. Pour des élèves récemment issus de l’immigration et qui se posent énormément de questions, le travail ethno-pédagogique permet de réintroduire une dimension de la culture d’origine dans l’école, sans les y enfermer, mais au contraire en leur permettant de décrypter plus rapidement la culture d’accueil par une meilleure compréhension de ce que c’est que le quartier, ce que c’est que la ville. Les ateliers s’appuient sur un gros travail de découverte de l’environnement. -Ils s’adressent à tous les publics multiculturels et pas seulement aux nouveaux arrivants car ils s’appuient davantage sur le métaculturel, c’est à dire des éléments culturels communs, que sur le culturel. -Les ateliers ménagent un va-et-vient entre la dimension intime (carnet) et la dimension mutualisée (panneau d’exposition et restitution sur le site de l’association). -Ils sont mis en réseau sur le site, ce qui permet de valoriser l’ensemble du matériel collecté, les cartographies, dessins et textes. -Ils permettent d’aborder différentes disciplines comme l’histoire (date de construction des immeubles, différentes architectures) et l’éducation civique (découverte des commerce, bâtiments administratifs, etc.). -Ils redéfinissent le lien entre l’enseignant et l’intervenant, un travail de collaboration se mettant en place : l’ethnologue compte sur l’enseignant pour continuer les séances; un véritable travail de relais est fait par l’enseignant. Pour ces derniers, il existe par ailleurs un potentiel d’échange entre eux au sein d’un même établissement ou d’écoles/collèges différents. -Ils permettent aux élèves de sortir dans une logique scolaire et introduisent la notion de « socialisation des apprentissages ». -Ils changent la donne entre les enseignants et les élèves : les enseignants se retrouvent en « pause » dans leur rôle quotidien d’intervention et deviennent des « aides », des « reformulateurs », des participants en somme. Au même titre que les élèves qui découvrent alors une fonction nouvelle de l’enseignant. -Ils permettent aux élèves de se projeter dans un parcours universitaire, en « observant » et en écoutant l’ethnologue qui leur fait part de son expérience. -Ils font le lien avec le multimédia intégré au protocole d’intervention de l’association. -Ils permettent aux élèves de donner un investissement maximal, de « sortir d’eux-mêmes » car on leur demande des compétences moins stéréotypées, plus responsables. -Ils offrent en quelque sorte un « détour » aux élèves en difficulté. Or la rescolarisation peut passer par des « détours » (ateliers-relais, etc.) et trouve un ancrage bénéfique dans une « dimension projet » telle qu’elle est proposée dans les ateliers. Le fait de ne pas être entièrement dans la forme scolaire permet de mobiliser des élèves démotivés par des aspects plus traditionnels du travail à l’école. -Ils respectent les choix des élèves: que veulent-ils évoquer? Qu’est-ce qu’ils refusent de dire ou montrer? Ils promeuvent les enseignements suivants : -*Éducation civique : travailler ensemble dans un échange et une réciprocité permanentes. Le site est construit sur cette idée « Je découvre comment vivent « les autres » et en même temps, je me rends compte que je suis l’autre de tous les autres » ; volonté de déjouer les stéréotypes, de mettre en lumière les pratiques inventives de toutes les sociétés. Il ne s’agit pas ici de valoriser la différence culturelle, ce qui peut être ferment d’ethnicisation mais d’aider les élèves à se reconnaître comme appartenant à une société pluraliste. Enrichissement des débats sur la vie en société, ailleurs et ici. -*Dire, lire, écrire : développement des compétences en maîtrise de la langue par la lecture des textes sur écran et par l’important travail individuel de production de textes à partir de l’observation ethnographique ; écriture des correspondances en courrier électronique ; enrichissements lexicaux par des textes provenant de pays francophones très divers ; pratique très importante de l’écriture de légendes pour les dessins et photos issus de l’observation. -*Géographie : perception de l’espace mondial par le positionnement de la classe participante et des autres classes en géolocalisation et perception de l’espace local, du quartier, de la ville. -*Éducation artistique : restitution de l’observation ethnographique par le dessin et la photo assortis de textes et découverte des modes d’expression de jeunes participants sur tous les continents. -*Technologies de l’Information et de la Communication : l’outil de base de l’association étant le site www.ethnoclic.net la sensibilisation des élèves aux TIC se fait naturellement ; ils se familiarisent non seulement avec la circulation sur le site mais aussi avec la production de documents écrits et images, et ainsi avec la manipulation de fichiers électroniques, leur insertion, la gestion d’une messagerie. Autant d’acquisitions utiles dans le cadre du B2I.

PHOTOGRAPHIE

La photographie est utilisée dans la plupart des ateliers d’ethnographie animés conjointement par un (e) ethnologue et un (e) photographe. Dès qu’il a été possible de faire des photographies, les explorateurs, voyageurs, ethnologues et tous les êtres humains en général, ont cherché à prendre des « clichés » de l’Autre. Ces images ont suivi la conception du rapport à l’altérité et l’évolution des réflexions sur l’acte photographique. Poser les questions du rapport entre ethnologie et photographie n’est donc pas aisé bien que les liens puissent paraître aller de soi. Quelles sont les questions que l’ethnologue est amené à se poser lorsqu’il souhaite prendre des photographies? Les rapports entre réalité et image, réalité de ce qui est devant les yeux et sur l’image (le sens de l’image), rôle de l’image dans son enquête ethnographique, place de l’image dans la restitution de son travail. Ces trois axes de questionnement participent à la définition des choix techniques (angle de vue, cadrage, régularité des prises de vue, appareil photo, couleur ou noir et blanc, argentique ou numérique). Depuis la création du procédé photographique celui-ci a posé le problème du statut de l’image. Est-ce la réalité? Une image de la réalité? Un point de vue sur la réalité? Quelle est la part de la subjectivité et de l’objectivité? D’un point de vue ethnologique, la photo se suffit-elle à elle-même? Peut-elle se débarrasser de sa caractéristique de pratique culturelle? Toutes ces questions doivent être posées lorsque l’ethnologue souhaite prendre des photographies. Les professionnels disent que c’est au travers de la légende de l’image que l’observateur va trouver les aspects qui lui permettent une juste lecture de celle-ci. Plus l’image est complétée par sa grille de lecture, plus elle est lisible d’un point de vue ethnologique. La légende peut comporter les indications de date, heure, conditions de prise de vue, objectifs du cliché (pourquoi on a a voulu prendre telle chose en photo), choix des variables techniques et toute information permettant de comprendre son contexte. Les ethnologues spécifient aussi les rôles de l’image dans leur propre enquête afin de comprendre les liens entre l’observateur et l’observé. Ils peuvent également considérer leurs propres photographies comme des objets culturellement marqués dont il serait pertinent de comprendre à quoi et à qui ils se réfèrent aux niveaux ethnographiques et esthétiques. Les prises d’image ont au moins trois intérêts majeurs pour l’ethnologue. Elles lui permettent d’observer avec recul les clichés pris sur le vif. Elles peuvent aussi révéler des choses photographiées qui n’étaient pas ce que le photographe s’était fixé comme objectif principal. En agençant une série de photographies, l’observateur peut prendre conscience d’une réalité supplémentaire.

PRÉJUGÉ

La pratique de l’ethnologie permet de connaître une culture de l’intérieur et de la sorte, combattre l’ignorance ainsi que les préjugés et l’intolérance qui en découle. Travaillant sur le long terme, l’ethnologue est nécessairement confronté aux changements de points de vue, à l’évolution des pratiques inhérente à la vie des sociétés. L’écart entre l’idée que l’on peut se faire d’une société avant de la connaître, une fois qu’on y est immergé, peut changer du tout au tout dès lors que l’on accepte d’écouter les personnes rencontrées et d’être attentif et surtout réceptif à ce discours. C’est pourquoi la pratique de l’ethnologie invite à poser sur le monde un regard débarrassé de tout préjugé et qui accepte de se remettre en question quand l’analyse précédant l’enquête de terrain se révèle en porte-à-faux avec celui-ci.

PROCHE

L’ethnologie contemporaine  est souvent appelée « ethnologie du proche » car elle se démarque depuis un demi-siècle d’une science strictement exotique, englobant une dimension réflexive où les ethnologues étudient leurs propres sociétés.

QUOTIDIENNETÉ

L’ethnologie est une science attentive à la quotidienneté. Dibie parle même d’une « ethnologie de la banalité ». Rappelant la citation d’André-Georges Haudricourt : « N’importe quel objet, si vous l’étudiez correctement, toute la société vient avec », Dibie ajoute : « Ce que j’ai peut-être apporté, c’est d’avoir montré que la banalité n’est jamais banale et que le travail de l’anthropologue, c’est, derrière ce qui nous rattache à l’autre, de travailler à exhumer le regard vertical, c’est-à-dire la dimension totale, anthropologique, de notre quotidien. Tous nos habitus sont inscrits dans une dimension anthropologique ordinaire…Je ne me livre jamais qu’à des mises en perspective anthropologiques de notre quotidien et de son apparente banalité » (ibidem). C’est pourquoi, une des missions essentielles de l’ethnologie contemporaine, consiste à « réinsuffler de l’imaginaire dans le social » (Le village retrouvé, Pascal Dibie, Terre Humaine, 2006) La posture singulière de l’ethnologue à l’égard du quotidien et de la modernité serait celle d’observateur à domicile dont le projet est de restaurer de l’étrangeté en des mondes proches ou familiers. « Le quotidien, c’est ce qui nous est donné chaque jour (ou nous vient en partage), ce qui nous presse chaque jour, et même nous opprime, car il y a une oppression du présent. (…) Le quotidien, c’est ce qui nous tient intimement, de l’intérieur. C’est une histoire à mi-chemin de nous-mêmes, presque en retrait, parfois voilée ; on ne doit pas oublier ce « monde-mémoire » selon l’expression de Péguy »(L’invention du quotidien, Michel de Certeau, 1. Arts de faire, 2. Habiter, cuisiner, Gallimard, 1990) Ainsi Michel de Certeau qui inspire la démarche de l’association, invite à explorer les pratiques quotidiennes telles que marcher, habiter, parler, faire le marché ou la cuisine comme autant de « tactiques » mettant en œuvre des arts de faire, des astuces, des trouvailles. Toute une série de ruses et d’inventions. Il prend pour exemple la marche et la figure du piéton qui chemine à sa façon dans l’environnement urbain ou encore l’habitat et la figure du locataire qui transforme son appartement. A propos des « réalités ordinaires », ou « réalités trop connues », Jean-Didier Urbain évoque des « réalités si immédiatement données que leur invisibilité procède non de la dissimulation mais de l’aveuglement ; non du refoulement, mais de l’indifférence ou de l’inattention ». Il ajoute que « l’invisible naît ici de l’usure du regard » et donne pour fonction à l’ethnologie de « rendre étrange ce qui est familier ». (Ethnologue, mais pas trop, Jean-Didier Urbain, Petite Bibliothèque Payot, 2003) Ces « réalités inaperçues que la banalité soustrait à l’attention » génèrent, selon Pérec, des questions : « Questionnez vos petites cuillers Qu’y-a-t-il sous votre papier peint ? Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ? » Ces questions, il importe qu’elles soient « triviales et futiles » car « c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité ». (L’infra-ordinaire, Georges Pérec, Paris, Seuil, 1989, p.13)

REGARD

L’ethnologie est une science du regard. « Science de la curiosité et du doute, l’ethnologie fait de nous des témoins professionnels dont le regard a été tout exprès formé pour voir le monde », écrit Pascal Dibie dans La passion du regard, Pascal Dibie, Metailié, 1998. Pour lui, l’ethnologie est avant tout une posture pour regarder le monde. « Regarder, c’est bien penser, mais ce devrait être penser sans préjugés, sans hiérarchie, sans autre ambition que de recevoir en vue d’autres partages. Savoir contre savoir, être au monde contre être au monde, l’ethnologie ne devrait pas s’imaginer autrement que dans la logique du don ». (La passion du regard, Pascal Dibie, Metailié, 1998). Regarder est l’essence même de la perception ethnographique. En atelier d’ethnographie, il convient de faire la distinction entre voir et regarder. Voir, c’est recevoir des images avec une sorte de fulgurance irréfléchie alors que regarder suppose une patience, une forme d’apprentissage. Les apprentis ethnographes apprennent à voir le monde qui les entoure. « Regarder est un mot qui a été forgé au Moyen Age et dont le sens nous parvient encore aujourd’hui : regarder, c’est garder, prendre garde à, prendre soin de, manifester de l’égard à, prêter attention, considération, veiller. Le regard s’attarde sur ce qu’il voit. Il consiste, selon l’expression de François Fédier, en une ‘intensification du premier voir’. Mais si la perception ethnographique est bien de l’ordre du regard plus que de la vue, il ne s’agit pas de n’importe quel regard. C’est la capacité de bien regarder et de tout regarder, en distinguant et en discernant ce que l’on voit, qui est ici mobilisée et cet exercice – à l’opposé de ce qu’on perçoit en un clin d’œil, de ce qui nous saute aux yeux ou nous frappe – suppose un apprentissage. (La description ethnographique, François Laplantine, Nathan Université, 1996).

RENCONTRE

C’est à partir de l’expérience du même, à savoir de la quotidienneté, que se construisent échanges et rencontres réelles et virtuelles entre les apprentis ethnographes. Il s’agit ici d’un apprentissage de la rencontre, et plus précisément de reconnaître en autrui un sujet à la fois singulier et universel. L’idée n’est pas d’apprendre la culture de l’Autre, mais de saisir son humanité, c’est-à-dire autant ce qui le différencie dans son propre contexte que les valeurs communes qui peuvent en être dégagées.

SOCIOLOGIE

Il est difficile aujourd’hui de départager ethnologie et sociologie, deux disciplines dont les objets d’études se distinguaient au départ, la sociologie s’intéressant davantage aux sociétés modernes en changement constant alors que l’ethnologie se consacrait aux sociétés dites « primitives » et considérées, à tort, comme figées dans le temps. Aujourd’hui ces deux sciences sociales se penchent sur des terrains d’études similaires dans toutes les sociétés proches ou lointaines, historiques ou contemporaines. La différence entre elles réside dans le choix de la méthode, la sociologie s’appuyant davantage sur une démarche quantitative à partir de questionnaires formels destinés à élaborer des données statistiques. L’ethnologie, quant à elle, préfère l’enquête qualitative. Elle ne s’appuie que très rarement sur des données quantitatives, considérant leur signification biaisée par le simple fait que la construction des questionnaires et leur découpage organisent a priori une réalité telle qu’elle est pressentie par le scientifique et non pas telle qu’elle existe et souvent fluctue. La sociologie étudie a priori des phénomènes plus larges, l’échelle d’observation étant « macro » alors que l’ethnologie relève du « micro », étudiant des faits sociaux et culturels en rendant compte du point de vue « sensible » de toutes les personnes impliquées. Enfin, l’ethnographie est une méthode spécifique à l’ethnologie.

TERRAIN

L’enquête ethnographique se déroule sur un « terrain d’enquête ». Le « terrain », c’est la première étape du travail ethnologique. Il désigne l’endroit où se rendent les ethnologues pour observer la vie d’une société et recueillir sur elle des informations directement fournies par les intéressés eux-mêmes. Le travail ethnographique, c’est le travail de terrain (Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Pierre Bonte et Michel Izard, PUF, 1991). Le terrain d’enquête s’articule généralement à la vie quotidienne des personnes observées dans le cadre de l’enquête : des usagers d’une ligne de métro aux habitants d’un village en passant par les ouvriers d’une usine, les habitants d’un immeuble ou encore les musiciens d’un grand orchestre. Avant de partir, l’ethnologue s’est renseigné : il a lu, a préparé un premier guide d’enquête sur les thèmes qu’il souhaite traiter, les personnes qu’il voudrait rencontrer. Une fois sur le terrain, il collecte des informations de toutes sortes : témoignages visuels (photos, dessins, films, etc.), sonores (enregistrements divers, entretiens, etc.), des documents écrits, des cartes, des archives, etc. Les temps de terrain et les temps d’analyse des données brutes ainsi récoltées alternent et se nourrissent les uns des autres, permettant de comprendre une pensée, une représentation du monde, de décoder les non-dits. Et aussi, de désamorcer des préjugés, de changer son point de vue.

VOYAGE

L’ethnologie du proche, en opposition à l’ethnologie des sociétés lointaines, se pratique là même où vit l’ethnologue, dans toutes les sociétés contemporaines, dans le monde urbain ou rural, le monde du travail ou celui des loisirs, bref dans toutes les alvéoles de nos vies courantes. C’est à une sorte de voyage immobile que sont conviés nos apprentis ethnographes, un voyage qui n’est pas pour autant dénué de surprises tant l’exploration du banal recèle des merveilles. Dans le cadre des ateliers « Espèces d’espaces », on évoque le« périmètre de curiosité » des jeunes participants, c’est-à-dire l’espace autour de leur école ou de leur habitation. Ou l’espace encore plus réduit de la maison ou de la chambre à l’instar du « Voyage autour de ma chambre » de Xavier de Maistre. Toutefois le « voyage immobile » auquel est convié l’apprenti ethnographe n’est pas un voyage intérieur qui appellerait une écriture de type « journal intime ». Il s’agit d’observer des pratiques quotidiennes, de raconter des épisodes ou des expériences de la vie courante tels qu’on les vit ou tels qu’ils sont relatés par des habitants du quartier, d’autres élèves de l’école, des membres de la famille, etc.