Un constat

C'est d'abord en travaillant avec des publics spécifiques, notamment des jeunes ou des adultes nouvellement arrivés en France, que nous avons pu observer comment la position où nous plaçons d'emblée les participants à nos ateliers , à savoir celle d'un questionnement sur leur environnement immédiat ou sur des domaines spécifiques tels que la ville ou le monde du travail, favorisait leur insertion.

Pour les élèves migrants accueillis dans des classes intermédiaires le temps de se familiariser avec le français, le simple exercice d'une prise de parole et d'un questionnement sur l'univers qui les entoure et dont ils ne maîtrisent pas les codes culturels et sociaux, est déjà un pas important.

Les ethnologues intervenant dans les classes partent de ce questionnement-là pour amorcer un second pas, à savoir celui qui ne consiste plus seulement à se poser des questions, mais à préparer une trame d'entretien et d'aller à la rencontre de personnes-ressources susceptibles d'y répondre.  

 

Favoriser l'insertion des jeunes migrants

Les dizaines d'ateliers animés dans les classes d'élèves migrants, dont certains non scolarisés dans leurs pays d'origine, ont eu le même effet : les élèves gagnaient en assurance et en repères, ne craignant plus de poser des questions et réalisant qu'il est aussi possible d'être accueilli (par exemple dans une mairie, un commerce, un lieu de travail, etc.) et d'obtenir réponse aux questions que l'on se pose ; en même temps, l'exercice de l'entretien, de l'écoute et de l'observation participante (avec à l'appui diverses pratiques cartographiques, de photo ou de vidéo) leur donnait  un autre statut aux yeux des personnes qu'ils côtoyaient habituellement, y compris les autres élèves dans les établissements fréquentés, les équipes pédagogiques, les formateurs, etc.

Deux supports pédagogiques (l'un réalisé avec le CASNAV de l'académie de Créteil, et l'autre avec le CASNAV de l'académie de Paris) relatent à la fois le déroulement de ces ateliers et leurs acquis en termes de compétences culturelles et de socialisation.  

 

Favoriser l'insertion des adultes apprenant le français

De même, les ateliers animés dans plusieurs centres sociaux, avec des publics adultes apprenant le français, qu'ils soient immigrés de longue date ou récemment arrivés en France, ont chaque fois démontré que l'enquête ethnographique, le plus souvent proposée en milieu urbain (voir les ateliers "Apprendre une langue, apprendre la ville") suscitait non seulement une autonomie accrue des participants (pour la plupart des participantes) dans l'espace urbain, mais aussi le déclenchement d'une attitude plus ouverte et moins contrainte, du fait notamment de la maîtrise encore imparfaite de la langue. Au sein du groupe même des apprenant(e)s,  l'évolution est également sensible en termes de capacité à exprimer un point de vue et dialoguer, deux aptitudes précieuses pour un ancrage dans une société donnée.

 

Favoriser l'insertion dans le quartier

Enfin, nous avons aussi pu constater que nos ateliers proposés en classes banales, notamment ceux proposant une enquête dans le périmètre de curiosité des jeunes (leur quartier notamment), avaient pour effet de mobiliser des élèves aux résultats scolaires assez aléatoires, simplement parce que leur est offerte la possibilité d'évoquer leur quotidien, leur histoire, et souvent divers préjugés. La valorisation des enquêtes dans l'établissement ou au-delà, sous forme d'expositions et de films courts, repositionne ces élèves-enquêteurs et leur permet de prendre dans l'établissement une nouvelle place. C'est aussi le cas pour des sections souvent dévalorisées avec qui nous avons travaillé, les SEGPA notamment. 

Ainsi, la pratique ethnographique, ou de l'enquête de terrain, est un vecteur d'insertion sociale parce qu'elle permet un re-positionnement des ethnologues en herbe dans leur quotidien et leur environnement.

QUELLES ACTIONS ?

Ateliers "Apprendre une langue, apprendre la ville"

Cartographie des alentours de la mairie du 4e arr. de Paris réalisée par les adultes apprenant le français au Pôle Simon Lefranc (Paris 4e)

Nos intervenant.e.s ethnologues animent des ateliers d'ethnologie urbaine, "Apprendre une langue, apprendre une ville", auprès d'adultes apprenant le français dans les centres sociaux, les maisons de quartier, les associations, etc., pour leur permettre de dialoguer autour d'un territoire communément partagé, de gagner en autonomie en les rendant acteurs/rices de leurs apprentissages et de s'approprier leur environnement immédiat. 

Les apprenant.e.s commencent par identifier le vocabulaire de la ville à travers leurs parcours du quotidien qu'ils dessinent, ils échangent sur leurs pratiques urbaines dans le territoire où s'inscrit l'atelier, puis pour continuer la démarche inclusive, ils sortent sur le terrain pour mener une enquête: ils observent et débusquent tous les détails qui font la ville et fondent les relations humaines dans les espaces urbains, ils photographient les lieux, ils questionnent les habitants ; et réinvestissent ainsi le quartier où ils se sont installés.

Ateliers "À la rencontre du monde professionnel"

Des élèves d'UPE2A du lycée Étienne Dolet (Paris 20e) à la rencontre de Gilles, fondateur et berger à la bergerie des Malassis à Bagnolet

Ces ateliers permettent aux élèves allophones UPE2A dans les lycées professionnels de mieux comprendre le milieu professionnel compris comme un univers de pratiques et de relations sociales. Ces ateliers partent d'un questionnement sur le monde du travail, des récits des élèves sur leur savoir-faire dans leur société d'origine et de l'expression des attentes professionnelles des élèves dans leur société d'accueil.

Puis, partant de supports vidéo, les intervenant.e.s de l'association préparent les élèves aux méthodes de l'enquête de terrain: l'élaboration d'une trame d'entretien et d'une grille d'observation, les techniques d'entretien, d'écoute et de prise de notes, la photographie autour de mots-clés. Munis des outils de l'ethnologue sur son terrain, les élèves partent à la rencontre de trois ou quatre professionnels sur leurs lieux de travail, des rencontres qu'ils décryptent et valorisent sous forme de diaporamas ou panneaux d'exposition restitués dans l'établissement et/ou l'espace public.