Stéréotypes filles/garçons: Être et devenir un homme ou une femme: Corps, Apparence et Mise en scène

Date : 20 novembre 2017

Au cours des ateliers sur les stéréotypes filles-garçons, l’association Ethnologues en herbe explore avec les élèves la construction et l’apprentissage des pratiques pensées comme inhérentes aux filles et inhérentes aux garçons. Dans le document-ressource ci-dessous, l’association revient sur la vêture et la transformation de l’apparence (maquillage, accessoires, tatouages, etc.) réalisée ou imposée pour appartenir au genre qui est attribué à l’individu.

 

Lorsqu’il vient au monde, un nourrisson naît fille ou garçon, ce qui définit a priori une morphologie particulière. Néanmoins, il arrive aussi que certains enfants ne présentent pas de sexe déterminé. Qu’ils soient filles, garçons ou les deux à la fois, pendant l’enfance, leur corps permet difficilement de dire à quel sexe ils appartiennent.

Cependant, leur différence va être affirmée par la construction d’une certaine apparence se reflétant dans des façons de s’habiller, de marcher, de s’asseoir, de parler, de manger, qui n’appartiennent qu’à leur genre. D’une société à l’autre, la féminité et la virilité s’affichent différemment, mais cette dissociation est toujours présente.

Même si aujourd’hui, en Occident, les filles et les garçons peuvent cultiver des allures androgynes et porter des vêtements similaires (jeans, baskets, etc.), cela n’en a pas toujours été ainsi: la liberté pour les femmes de porter un pantalon a été acquise après une longue lutte.

La matérialisation des différences par l’apparence commence dès le plus jeune âge.

  • Bleu et rose, couleurs d’enfance et de naissance

Attesté en France à la fin du XIXème siècle et encore courant aujourd’hui, l’usage de vêtir les jeunes enfants en bleu ou en rose selon leur sexe (bleu: garçons, rose: filles) est répandu dans une large partie de l’Europe et des pays relevant de la civilisation occidentale, notamment les États-Unis. En revanche, elle est inconnue des autres cultures. Longtemps restée une pratique bourgeoise, elle s’est peu à peu diffusée dans toute la société.

Chromo_Bleu_et_rose_de_l_enfance-2-2.jpg

Pour expliquer cet usage vestimentaire du bleu et du rose, l’ethnologue Michel Pastoureau dans son Dictionnaire des couleurs de notre temps avance des motifs religieux : on donnerait aux nouveau-nés les couleurs de la Vierge, afin que celle-ci les protège pendant la période difficile et dangereuse de la petite enfance. Mais Pastoureau n’est pas convaincu : en effet, si le bleu est bien la couleur de Marie (depuis le XIIème siècle), le rose ne l’est pas et ne l’a jamais été. C’est le blanc qui constitue la seconde couleur de la Vierge, depuis l’adoption du dogme de l’Immaculée Conception (1854).

Le choix de ces deux couleurs illustrerait une distinction relativement ancienne dans la culture occidentale : le bleu est masculin et le rouge est féminin. Cette opposition des sexes par le bleu et par le rouge se met en effet en place à la fin du Moyen Age (avant le XIIIème siècle, le bleu n’est jamais le contraire du rouge), et se développe à l’époque moderne. Elle s’appuie sur des considération symboliques à la fois diverses et floues, et ne fonctionne vraiment que par rapport au couple : le bleu n’est masculin qu’en tant qu’il s’oppose au rouge ; seul, ou opposé à une autre couleur, il est dépourvu de cette connotation.

  • Se construire en tant qu’homme ou femme: Adolescence, jeux d’apparence et mélange des genres

L’adolescence est marquée par la puberté, phénomène qui marque la transition de l’enfance à l’adolescence et se signale par l’acquisition de caractères sexuels et de la fonction reproductrice.
Dans de nombreuses sociétés, ce passage est célébré par des rites d’initiation, religieux ou autres, obligatoires ou facultatifs, et destinés aux filles et garçons. Outre le marquage corporel tel que la circoncision pour les garçons ou l’excision pour les filles, ce passage est marqué par des rites multiples selon les sociétés : le percement du nez ou des scarifications diverses dans certaines sociétés africaines, la communion solennelle pour les chrétiens catholiques ou la bar-mitzvah pour les juifs. Cette transition constitue une étape fondamentale et s’articule parfois avec la liberté ou l’obligation de porter certains types de vêtements, l’adoption d’une manière de se tenir, etc.

Ainsi, l’apparence et le corps sont utilisés pour exprimer et donner à voir au quotidien le genre auquel les individus appartiennent: les gestes, postures, expressions du visage, façons de se saluer, de marcher, de se vêtir, de se coiffer, de choisir ses accessoires ou de se maquiller peuvent être propre aux filles ou aux garçons. Cela est le fruit d’un apprentissage et d’une construction sociale.

Cependant, l’apparence que cultivent les hommes et les femmes suscite dans toutes les sociétés des flous dans le genre. Des vêtements unisexes, des bijoux ou des coiffures peuvent être portés par les filles et les garçons, mais dans certaines sociétés, le passage à l’âge adulte peut être synonyme de passage à un genre différent que le sexe. Par exemple pour les ’Berdaches’, Indiens d’Amérique du Nord.

L’apparence peut ainsi montrer une adhésion à ces représentations, renforcer des aspects genrés, mais aussi atténuer des aspects féminins ou masculins chez les jeunes des deux sexes, selon qu’ils choisissent tel ou tel style vestimentaire.

Les élèves des ateliers Stéréotypes Filles/Garçons sont ainsi amenés à se questionner: certains styles sont-ils davantage cultivés par les filles ou les garçons ? Comment s’expriment les clivages « filles » et « garçons » dans ces styles ? Est-ce qu’il existe des vêtements et accessoires communs aux filles et aux garçons? Certaines couleurs pour les habits ou les accessoires font-elles davantage « filles » ou « garçons » ? Le maquillage et les bijoux sont-ils l’apanage des filles ? Etc.

  • Se construire en tant que femme: la mise en scène de soi à travers l’espace

En 2006, l’écomusée du Val de Bièvre organisait à Fresnes une exposition « Elles se font femmes »* qui pose la question de la construction de l’identité féminine à l’adolescence. L’exposition explore les mécanismes de construction de cette identité à travers les discours de jeunes lycéennes de 15 à 18 ans évoquant leurs vêtements, l’environnement intime de leur chambre, les attentes de leurs mères et des hommes de la famille. La mise en scène de soi dans les lieux publics et privés, les relations inter- et intra-générationnelles, les goûts, les choix de vie, les pratiques sociales, les acceptations ou rejets de l’identité sont étudiées. L’exposition montre comment se construisent les représentations sociales et les stéréotypes et tente de mettre en lumière la part de culturel, et donc la relativité, de la féminité, voire de l’identité des femmes.

Cette exposition présentait notamment des chambres d’adolescentes reflétant les préoccupations de leurs occupantes par rapport à leur apparence. Celle d’Évelyne par exemple renvoie à un questionnement corporel: On y retrouve un coin dédié à la beauté, parsemé de parures (boucles d’oreilles, boites à fards, bijoux, colliers) et de décorations esthétiques en lien avec le corps et la parure (masques vénitiens, photos et représentations d’éléments du corps, carte postale au centre représentant une femme au buste nu). La place du miroir est centrale dans ce dispositif du reflet de l’image de soi (le petit coin beauté). Dans le coin travail, au dessus du bureau, le mur est tapissé d’images positionnées comme un grand pêle-mêle ou photo montage. « Des images que je trouve jolies », dit Évelyne. Ce décor souligne le cursus scolaire artistique d’Évelyne, son univers social et relationnel (photos de camarades, de la famille,…) et son univers culturel (images de film, de BD, etc.). Dans l’ensemble, il y a peu d’images masculines. Les images féminines renvoient à un questionnement corporel dévoilant des parties de corps appartenant à des femmes ayant un visage et restant largement onirique, sous forme de dessins ou de publicités (au contraire du coin maquillage qui suggérait un corps métonymique, par parties, paré). A travers la mise en scène de son espace de vie, Évelyne donne donc à voir ses questionnements quant au corps féminin et à ce qu’il doit montrer.

*Exposition réalisée par Dominique Le Tirant. Son ouvrage ‘Paroles et images d’elle’, produit par les ‘Neufs de Transilie’, reprend les problématiques des expositions de 2006 sur le genre.