Stéréotypes filles/garçons – Le mariage, distribution des rôles et des apparences

Date : 20 novembre 2017

Le mariage est une cérémonie ritualisée qui met en scène l’homme et la femme dans des rôles genrés. Ainsi, cette cérémonie donne à voir la place de chacun dans la société. Examiner le déroulement du mariage, les vêtements qui sont portés, et tout ce qui s’y passe est ainsi pertinent dans le cadre des ateliers Stéréotypes Filles/Garçons que propose l’association Ethnologues en herbe.

La nécessité du mariage

Comme l’exprime Claude Lévi-Strauss dans les Structures élémentaires de la parenté, le mariage est et a longtemps été pensé comme un « échange réciproque de femmes » pour créer des alliances entre les familles et se partager la nourriture. La femme représentait alors une valeur marchande. Elle l’incarne encore dans de nombreuses cultures. Il était ainsi nécessaire de se marier.

De sorte, aujourd’hui encore, la Sainte Catherine est fêtée le 25 novembre par les jeunes femmes de plus de 25 ans encore célibataires. Ces jeunes femmes portent ce jour là un chapeau spécifique et peuvent, si elles le souhaitent, implorer la sainte avec la prière suivante : « Sainte Catherine, aide-moi. Ne me laisse pas mourir célibataire. Un mari, sainte Catherine, un bon, sainte Catherine; mais plutôt un que pas du tout ». Les hommes, dans quelques régions, peuvent aussi implorer sainte Catherine, mais c’est beaucoup plus rare…

 

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Rives de Seine – Argenteuil, Catherinette coiffée de son chapeau près du restaurant où elle fête la Ste catherine avec ses collègues de bureau Coll. ARPE © Conseil général du Val d’Oise – Photo Pierre Gaudin

 

Aux apprentis ethnographes: connaissez-vous la Sainte Catherine ? Avez-vous des documents qui en témoignent ? Que vous inspire cette fête ? En connaissez vous d’autres du même type ? Coll. ARPE © Conseil général du Val d’Oise.

 

« Qu’elle est belle la mariée! »: le mariage et ses mises en scène en Occident

En 2006, une exposition intitulée « Qu’elle est belle la mariée ! » est organisée en Seine et Marne, à Saint-Cyr-sur-Morin, au Musée départemental des Pays de Seine-et-Marne. Elle montre le mariage tel qu’il est imaginé, vécu, préparé et mis en scène, au milieu des années 2000, par les futures « épousées ». Elle s’appuie sur une enquête de l’ethnologue Dominique Le Tirant auprès de femmes qui ont choisi de se marier en 2005 en Seine-et-Marne.

Le déroulement de la cérémonie et sa mise en scène sont le fil conducteur de l’exposition, dégageant ainsi les représentations sociales de la mariée, à travers les choix faits pour la tenue vestimentaire, le décor, le style du mariage, le type de cérémonie (laïque, religieuse), les rituels retenus ou écartés (alliance, jarretière, etc.).

Tout mariage comporte diverses étapes : de l’enterrement de la vie de garçon (pourquoi pas celui de jeune fille ? A examiner…) à la préparation de la ‘liste de mariage’ (cadeaux nécessaires à l’installation du couple), du menu des noces (y compris la fameuse ‘pièce montée’ à l’effigie des époux), à l’achat des robes et costumes des mariés, de l’alliance, à la préparation de la coiffure, la photo de mariage, etc. Tous ces préparatifs cristallisent des rôles féminins et masculins.

Parmi les étapes qui marquent fortement le genre, le choix de l’apparence des mariés (vêtements, coiffures, accessoires) et notamment de la robe: « L’habit fait la mariée », écrit l’ethnologue Dominique le Tirant qui constate que la robe prend une place symbolique très forte dans la cérémonie, qu’elle constitue un objet « organisateur » à part entière. Elle « fait la mariée, au triple sens, matériel, symbolique, social »: on se marie « en marquise », en « valseuse », en « princesse ». Les robes de mariées proposées à la vente s’inspirent du « vestiaire historique » et renvoient à des registres de l’imaginaire. Autour de la mariée, l’entourage féminin apporte ses conseils et la guide sur le chemin de la « bonne représentation ». Le choix de sa coiffure participe lui aussi à la construction du corps qu’elle veut (re)présenter. Mais la mariée doit aussi composer entre son rêve et les attentes de ses proches dont son époux.

Parmi les passages obligés d’un mariage « réussi » il y a la pièce montée qui lors de sa présentation permet une nouvelle fois de présenter à tous, le couple marié. Que ce soit sur les figurines au sommet du gâteau ou bien lorsque le couple le découpe, la femme conserve souvent une posture dans laquelle son futur époux la soutient. On imagine peu l’inverse !

La mise en scène du couple de mariés est ensuite perpétuée par la photo de mariage. Les codes de cette dernière ne cessent de se transformer, notamment avec les changements des rapports au sein du couple et des représentations des hommes et des femmes dans la société. D’une présentation du couple face au spectateur, dans une posture rigide et plutôt descriptive, on est passé à quelque chose de plus vivant : les mariés posent par terre, dans le foin, dans les bras l’un de l’autre.

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Transformation du rapport entre les genres et évolution du mariage

L’évolution des mentalités qui a abouti dans de nombreux pays à accepter la célébration des mariages homosexuels vient bousculer l’image d’Epinal du mariage et de ses rôles genrés. Cette évolution va de pair avec la transformation des rapports entre les genres où les cérémonies de mariage et d’autres fêtes entérinaient l’idée même que la femme est plus ‘faible’ que l’homme. En repensant la place de l’homme et de la femme dans la société, l’Occident donne une autre vocation au mariage. D’autres représentations émergent.

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