Stéréotypes filles/garçons: A l’école, au collège et au lycée

Date : 16 novembre 2017

La lutte contre les stéréotypes à l’école constitue un incontournable de l’éducation : stéréotypes liés aux origines sociales, aux pratiques culturelles et bien sûr au genre. La sensibilisation à l’égalité entre filles et garçons dans l’accès au savoir, aux diverses orientations, aux métiers, doit être proposée dès le plus jeune âge, en même temps que le respect des différences dans la construction de chaque enfant ou adolescent.

Les ateliers de l’association Ethnologues en herbe permettent aux jeunes de questionner leur quotidien d’élèves autour de la thématique du genre. En même temps, les élèves découvrent l’évolution historique de la place des filles et garçons dans l’école, les avancées de la mixité et de l’égalité. 

  • Le principe de mixité

En France, le principe de mixité est inscrit dans le code de l’éducation (article L. 121-1) depuis 2005 : « Les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur […] contribuent à favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d’orientation. » Cependant, la mixité n’est pas une garantie d’égalité entre les filles et les garçons. Ainsi, par exemple, avec de meilleurs résultats scolaires, les filles n’ont pas les mêmes parcours de formation et leurs projets professionnels restent moins ambitieux. Depuis 2010, le code de l’éducation prévoit qu’une information soit consacrée à tous les stades de la scolarité à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences commises au sein du couple. Les objectifs sont de favoriser la diversification des choix d’orientation des filles et des garçons, d’assurer une formation à la connaissance et au respect des droits de la personne ainsi qu’à la compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte.

  • Je, tu, il, elles: Questions d’éducation

Depuis 1882, l’instruction primaire est devenue obligatoire pour tous (filles et garçons) et l’école a reçu pour mission la promotion des valeurs d’égalité entre tous au sein de la société. Néanmoins, filles et garçons fréquentaient des écoles et des enseignant.e.s différent.e.s. En effet, pendant de longues années, la mixité était vue comme « le risque d’une promiscuité indécente, voire dangereuse, surtout à l’époque de l’adolescence » (M. Perrot, Guide Républicain, 2004). Elle suscita des résistances et la République l’évita longuement. Ce n’est qu’à la fin des années 1950 que la mixité fut officiellement mise en place dans les écoles primaires: cette mesure ne visait pas à promouvoir l’égalité des sexes (étant une simple technique de gestion des flux), mais elle changea la physionomie des établissements et, à terme, le fonctionnement de l’institution scolaire.

En parallèle, ‘la mixité du corps enseignant se réalisa très diversement selon les niveaux : dès 1938, les institutrices représentaient la moitié des maîtres du primaire ; tandis qu’à la Sorbonne, en lettres, la première femme professeur le fut en 1947 (Marie-Jeanne Dury)’ (M Perrot, Guide Républicain, 2004). Au niveau des programmes, des différences sexuées étaient clairement énoncées dans certaines disciplines : les mentions G et F indiquaient les observations, explications et exercices intéressant plus spécifiquement les garçons ou les filles. Il fallut attendre l’arrêté du 12 juillet 1982 (Action éducative contre les préjugés sexistes) pour que le ministère de l’éducation nationale pose dans son article premier ‘une mention destinée à combattre les préjugés sexistes’ dans l’ensemble des programmes, pour toutes les disciplines et activités éducatives ainsi que pour tous les niveaux d’enseignement des premier et second degrés. (F Buisson, Dictionnaire de pédagogie).

L’école semble cependant rester un des lieux où se fabriquent et se transmettent les représentations liées au masculin et au féminin, tout en participant aussi à l’émancipation des filles par l’éducation.

Nous vous proposons une série de documents permettant d’illustrer les stéréotypes filles/garçons à l’école  en montrant des écoles communales de filles et de garçons, à l’époque où ceux-ci étaient séparés dans les établissements scolaires, avant la généralisation de la mixité dans les années 60.

  • École de filles
  • École de garçons
  • École mixte

En 2006, l’exposition « Je, tu, il, Elles : questions d’éducation » au Musée départemental de l’éducation à Saint-Ouen l’Aumône en Ile-de-France invitait à comprendre la nature de ces représentations et les moyens par lesquels elles sont transmises au sein de l’institution scolaire. Elle montrait comment celle-ci peut les remettre en cause et apporter des réponses pour les dénoncer et les combattre.

  • Repères historiques pour l’égalité du droit au savoir en France

 

  • 1836 : enseignement public pour les filles autorisé par l’ordonnance du 23 juin.
  • 1838 : première école normale d’institutrices.
  • 1850 : la loi Falloux oblige les communes de plus de 800 habitants à avoir une école primaire de filles.
  • 1867 : la loi Victor Duruy crée des cours secondaires publics pour filles. Les collèges de filles sont créés, mais les matières « nobles » sont exclues de leurs programmes : grec, latin, philosophie, mathématiques.
  • 1882 : la loi Jules Ferry institue l’obligation d’instruction et la laïcité de l’enseignement primaire pour les filles comme pour les garçons.
  • 1919 : création du baccalauréat féminin.
  • 1924 : les programmes de l’enseignement secondaire ainsi que le baccalauréat deviennent identiques pour les filles et les garçons.
  • 1925 : création de l’école polytechnique féminine.
  • 1938 :  les femmes peuvent s’inscrire à l’université sans l’autorisation de leur mari.
  • 1959 : mise en place progressive de la mixité dans l’enseignement secondaire.
  • 1975 : la loi Haby et ses décrets d’application organisent l’obligation de la mixité dans tous les établissements publics d’enseignement.
  • 1997 : le rapport parlementaire au Premier ministre sur la représentation des femmes dans les livres scolaires souligne la persistance des stéréotypes et d’une présentation surannée des activités féminines.
  • 2000 : une convention interministérielle est signée le 25 avril afin de mettre en œuvre une politique globale d’égalité des chances entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif.
  • 2013: le Ministère de l’Éducation nationale expérimente les « ABCD de l’égalité » pour transmettre des valeurs d’égalité et de respect entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes en agissant sur les représentations des élèves et les pratiques des acteurs de l’éducation.

 

  • Citation sur les droits des femmes au travail et à l’école

Petites filles au lavabo« On n’empêchera jamais hommes et femmes de colporter les uns sur les autres les préjugés les plus archaïques. Mais le progrès démocratique va inexorablement vers une extension du droit des femmes, surtout à un époque où dans le travail comme à l’école elles manifestent à tous les échelons leur capacité voire leur supériorité, soucieuses de faire leurs preuves et n’être pas réduites au simple rôle de génitrice, cuisinière, potiche ou objet de plaisir. Les femmes se battent pour devenir des êtres humains à part entière. Leur dignité rejoint celle de tous les opprimés de tous les humiliés et concerne chacun de nous au plus profond. » (Pascal Bruckner, Guide républicain, éditions du SCEREN/CNDP, juin 2004)