Stéréotypes filles/garçons: Hommes et Femmes dans les mythes de création du monde et de procréation

Date : 16 novembre 2017

Dans le cadre d’ateliers d’ethnologie sur les stéréotypes filles/garçons, l’association Ethnologues en herbe a réalisé en 2007 un exposition nommée « Questions de genre ». Ayant pour but de déconstruire les préjugés et les a prioris sur les sexes, elle présente divers documents portant sur des thèmes allant de la place des femmes dans l’Art à l’organisation des espaces adolescents selon les sexes, en passant par l’évolution de l’école vers la mixité et l’égalité.

Dans le document-ressource ci-dessous, utilisé comme support de l’exposition, l’association revient sur les mythes concernant la création de l’homme et de la femme, souvent fondateur de représentations des sexes comme différents et/ou complémentaires. Ces mythes explicitent également le rôle de chaque sexe dans la procréation ainsi que des différents acteurs qui peuvent y prendre part (esprits, divinités, ancêtres, etc.). Ces mythes laissent apparaître que dans de nombreuses cultures, l’adéquation entre le sexe biologique et le sexe social n’est pas toujours stricte et immuable.

  • Hommes et Femmes dans les mythes de création du monde

Dans les sociétés occidentales, les croyances affirment la différentiation des sexes dans les mythes de création de l’humanité : «Dieu les créa homme et femme », exprime la Bible à propos d’Adam et Eve dans le récit de la Genèse. Mais dans d’autres mythologies, c’est un couple de jumeaux androgynes (Dogon du Mali) qui est à l’origine de l’humanité ; ou bien deux hommes dont l’un rend l’autre enceint (mythologie Inuit) ; ou bien une femme qui donne seule naissance à une fille (mythologie des Indiens Iroquois), etc. Les hommes et les femmes peuvent aussi naître du ciel et de la terre. Un mythe maori de Nouvelle-Zélande raconte : « Aux lointains débuts embrumés du monde, le ciel et la terre n’étaient pas séparés comme ils le sont aujourd’hui. Rangi, le ciel-père, et Papa, la Terre-Mère, étaient si étroitement unis dans leur étreinte amoureuse que tout était obscur. En ces temps de ténèbres où rien ne pouvait germer, les enfants du couple se blottissaient dans les aisselles de la Terre-Mère. Au nombre de 70 et tous de sexe masculin, ils se lassèrent de cette vie étriquée et obscure et l’un d’entre eux, Tané, proposa de séparer les parents ». (Mythe raconté par S.Dunis, Sans tabou ni totem, Fayard, 1984) Ces mythologies donnent lieu à des rites qui marquent la différence et/ou la complémentarité entre les sexes biologique : initiations féminines centrées sur la procréation et le mariage, initiations masculines autour des attributs de la virilité.

  • Sexe biologique et sexe social

Le détour par diverses cultures montre que le lien entre le sexe et le genre ne va pas de soi. En témoigne l’homosexualité connue et reconnue dans de nombreuses sociétés anciennes et contemporaines, y compris dans les sociétés traditionnelles. Au Soudan par exemple, les hommes de l’ethnie Azandé avaient coutume d’épouser de jeunes garçons avant d’être suffisamment riches pour épouser une femme. Certaines sociétés admettent la possibilité d’une divergence entre le sexe biologique et le sexe social avec un passage de la frontière des genres. Chez les Indiens des Plaines et de l’Ouest (Amérique du Nord), certaines personnes, les «berdaches» transgressaient leur sexe par le genre : le garçon devenait une femme sociale et la fille, un homme social. Chacun empruntait les tâches et attitudes de l’autre sexe, représentant un genre mixte ou troisième sexe. Ils avaient des pouvoirs chamaniques et affichaient leur homosexualité, ayant des relations sexuelles avec des personnes de même sexe mais de genre opposé.

  • Procréer: un homme, une femme et d’autres acteurs? Exemple d’Agbankéna, divinité de la fécondité

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Statuette en bois dur d’Agbankéna. Il est représenté sous la forme d’un vieillard barbu assis sur un tabouret et fumant une très longue pipe.

 Agbankéna est le nom d’une divinité de la fécondité. Le nom provient du Mina, une langue du sud Togo. Selon la tradition, le dieu Agbankena, consulté au sujet de la stérilité dans un couple, signe un contrat avec ceux qui cherchent à avoir des enfants. A la naissance de l’enfant désiré, le couple doit revenir honorer la divinité avec ce qui a été convenu dans le contrat : animaux, biens divers, argent comptant, etc. Si le contrat n’est pas respecté et qu’il ne reçoit pas de don, la divinité Agbankéna serait capable, dans un premier temps, de rendre malade, puis de tuer les enfants.

L’Agbankena est généralement dans un sanctuaire ou dans une chambre sacrée au milieu d’objets rituels servant à la divination : chapelets, cauris, percale blanche, kaolin, etc. On va consulter l’Agbankena seul, en couple ou avec des amis, en présence d’un prêtre et de ses assistants ou désservants appelés ‘agbassivi’.