Atelier Stéréotypes filles/garçons (collège Parc aux Charrettes, Pontoise, 2015)

Date : 1 mars 2016

Pendant les mois de décembre 2015 et janvier 2016, les élèves d'une de 3ème au collège du Parc aux Charrettes de Pontoise, sont partis débusquer tout ce qui dans notre société tend à enfermer les filles et les garçons dans des rôles bien définis. Ils ont découvert en prélude à l'atelier d'ethnologie, l'exposition de l’ARPE (Atelier de Restitution du Patrimoine et de l’Ethnologie) du Conseil départemental du Val d’Oise : "Des métiers bons pour elles ?" Cette exposition questionne les préjugés pesant sur des métiers qui seraient réservés aux femmes... Ensuite, avec les ethnologues de l’association Ethnologues en herbe, ils ont mené une enquête du côté de la cour de récréation et les pratiques sportives au collège. Un projet mené avec le soutien du Conseil départemental du Val d’Oise.

Nous sommes les élèves de la 3ème B du collège Parc aux Charrettes à Pontoise. Le 4 décembre 2015, Béatrice Cabedoce de l'Atelier de Restitution du Patrimoine et de l'Ethnologie nous a présenté l'exposition Images d'elles : des métiers « bons pour elles » ?, qui s'interroge sur les stéréotypes attachés à certains métiers.

Puis Chantal Deltenre, de l'association Ethnologues en herbe, nous a présenté le métier d'ethnologue et la discipline de l'ethnologie qui étudie les cultures des groupements humains. La culture est l'ensemble « des arts et des lettres, des modes de vie, des façons de vivre ensemble, des systèmes de valeurs, des traditions et des croyances. » (Déclaration universelle de l'UNESCO).

On a découvert les méthodes de l'ethnologue : l'observation participante, le recueil de données, la collecte d'objets, la description ethnographique, la photographie, le questionnement, l'enregistrement sonore, etc.

L'ethnologie permet de comprendre « d'où l'on vient pour savoir où l'on va ».

Ensuite on a essayé de comprendre ce qu'est un stéréotype. Un stéréotype est une idée reçue, souvent négative, sur des personnes qui ont des points communs (physiques, dans les origines, culturels, etc.).

Exemples de stéréotypes filles/garçons évoqués en classe : « Les garçons portent du bleu ! » / « Les filles ne sont pas fortes en sport ».

La séance suivante, nous avons poursuivi notre discussion sur les stéréotypes et nous avons choisi nos terrains d'enquête : la cour de récréation et les pratiques sportives au collège.

Nous avons commencé à définir nos pistes de réflexion sur le carnet d'ethnologue que nous avons reçu. Le carnet d'ethnologue sert à noter toutes les informations collectées sur le terrain, les observations et les réponses aux questions posées.

On a commencé à s'interroger sur les éléments à observer dans la cour de récréation : les activités des filles et des garçons, les interactions entre les filles et les garçons (Qui traîne avec qui ?), les vêtements portés, les accessoires filles/garçons, les sujets de conversation, etc.

Ensuite on a fait le même travail pour les pratiques sportives : la tenue de sport des filles et des garçons, les couleurs des vêtements, la manière de courir et de se déplacer, le rapport des filles et des garçons au sport (« des sports calmes pour les filles »), les questions de la fainéantise (« les filles sont paresseuses ») et des sports collectifs (« les filles restent ensemble »), la performance (« les garçons courent beaucoup »), etc.

Pour finir, on a commencé à élaborer des guides d'entretien (les questions à poser), des grilles d'observation (les éléments à observer dans la cour de récréation et pendant un cours de sport). On a mis en place quatre groupes pour faciliter le travail de terrain, puis on a préparé nos entretiens auprès de la principale, de la principale adjointe, d'un assistant d'éducation, d'un professeur d'EPS et des élèves (pour la cour de récréation et les pratiques sportives).

Le 8 janvier 2016, nous avons apporté les dernières modifications à nos guides d'entretien pour voir si nous étions tous d'accord sur les questions que nous allions poser et les observations que nous allions mener la semaine suivante en duo.

Puis nous avons constitué deux groupes pour mener nos entretiens. Un groupe a interrogé Madame Elizabeth, la principale du collège et Zaki, un assistant d'éducation, et l'autre Madame Fourticq-Boutin, la principale-adjointe. Dans un premier temps, nous avons posé des questions sur leur formation et leur fonction, ainsi que sur leur définition de la cour de récréation. Nous avons noté que la cour de récréation était un lieu d'échange, un lieu de rencontre, un espace qui fonctionne comme une micro société ou une société d'adolescents.

Les personnels de direction et l'assistant d'éducation nous ont expliqué leur rôle dans la cour de récréation et vis-à-vis de l'équipe chargée d'encadrer les élèves. L'équipe des assistants d'éducation est mixte, les élèves peuvent se tourner vers quelqu'un du même sexe pour discuter de leurs problèmes. Même si elles n'assistent pas à toutes les récréations, la principale et la principale-adjointe ont un rôle de surveillance et doivent faire respecter les règles inscrites dans le règlement intérieur de l'établissement.

Cour de récréation du collège Parc aux Charrettes (Pontoise, décembre 2015)

Depuis leur passage au collège et leur prise de fonction, elles ont pu observer que les 6ème/5ème passent beaucoup de temps à jouer et courir, et que les 4ème/3ème sont plus posés et qu'ils ont des problématiques relationnelles. Elles ont aussi constaté un certain cloisonnement entre les garçons qui jouent au ballon et à se poursuivre, et les filles qui restent entre elles sur les bancs ou marchent en discutant. Elles ont noté que les filles avaient changé de comportement, elles sont devenues plus agressives. Elles trouvent dommage de voir que certaines jeunes filles ont adopté une certaine vulgarité dans leur façon de parler, notamment en utilisant le nom « d'attributs qu'on pensait être l'apanage des garçons ».

Cour de récréation du collège Parc aux Charrettes (Pontoise, décembre 2015)

Et même si l'on observe des différences dans les activités des filles et des garçons, que les « garçons sont plus dans les actes et les filles dans le commérage », et que l'on note plus de violence physique chez les garçons et de violence morale chez les filles, « les histoires entre les filles et les garçons, [elles], n'ont pas changé ».

Un des deux groupes a aussi pu interroger Monsieur Fleury, un professeur d'EPS. On a appris que pendant sa formation, il y avait plus de garçons que de filles en début de cycle, mais que l'écart s'est resserré pour atteindre l'égalité en fin d'études, au moment de passer le CAPEPS (Certificat d'aptitude au professorat d'éducation physique et sportive).

Selon Monsieur Fleury, le seul point de blocage entre les filles et les garçons pendant les cours de sport concerne la question du contact physique : « Il y a toujours une appréhension en début de cycle, puis on [les élèves] s'habitue ».

Les garçons et les filles sont parfois en retrait sur certaines activités, mais la participation n'est pas si différente.

Il nous a parlé du barème de notation, qui est fait « pour que ça fonctionne pour les filles et les garçons ». Pour le barème, il faut prendre en compte des différences physiques avérées en termes de puissance musculaire, d'endurance ou de souplesse par exemple, mais « il faut surtout s'adapter aux situations pour proposer un barème juste ». Et dans la composition des équipes dans les sports collectifs, l'objectif reste de travailler en mixité.

Entre le 8 janvier et le 15 janvier 2016, par groupe de deux, nous avons interrogé soixante élèves de la 6ème à la 3ème sur la cour de récréation et une vingtaine d'autres élèves de la 6ème à la 3ème sur leurs pratiques sportives au collège, pour voir s'il y avait des différences entre les filles et les garçons.

Pour les sujets de conversation dans la cour de récréation, nous avons noté que les filles et les garçons parlaient de « tout et de rien », les filles parlent des garçons et de musique, les garçons de foot et des cours. Quand ils parlent des filles, les garçons s'intéressent au physique, les filles sont plus « discrètes », « elles ont plus d'intérêt pour les sentiments ».

En ce qui concerne les activités, les filles discutent et les garçons jouent au ballon. Certaines filles nous ont dit que les garçons les embêtaient, mais pas le contraire.

Pour l'occupation de la cour de récréation, on a observé et entendu que les garçons jouaient à la balle surtout près de la cantine et à côté de la salle de permanence, les filles restent sur les bancs et quelques-unes préfèrent être près de la salle des professeurs. Quand la cloche sonne et que les élèves se mettent en rang, on note que les filles sont devant et les garçons derrière.

Dans la cour de récréation, les filles et les garçons donnent une image particulière d'eux-mêmes : « les filles sont des futures mamans, donc y a moins de vulgarité », « un garçon dans un groupe de filles, on va rien lui dire, mais une fille qui traîne avec des garçons, on va dire des mauvaises choses ». Le regard des autres et les apparences sont importantes dans la cour de récréation.

Pendant que la classe finissait les entretiens dans la cour de récréation et notait les réponses collectées sur des fiches, un groupe de 5 élèves qui travaillaient sur les pratiques sportives est allé au gymnase pour observer la classe de 6ème D de Monsieur Le Dévoré, qui suivait un cours d'arts du cirque.

Dès la sortie des vestiaires, on a observé une séparation entre les filles et les garçons : sans rien leur dire, les filles se sont rassemblées d'un côté et les garçons de l'autre. Pour cette séance, les élèves devaient créer 'un enchaînement de trois pyramides de différents niveaux, avec des transitions acrobatiques.

Cours d'arts du cirque en classe de 6ème (Pontoise, janvier 2016)

Pour l'échauffement et au moment de constituer des équipes, les filles et les garçons ont continué à ne pas se mélanger. Ils devaient réaliser des séries de roulades et de roues : les garçons étaient empressés, dans la performance, les filles prenaient leur temps, elles étaient plus appliquées.

Au moment de construire les enchaînements, les filles réfléchissaient ensemble avec les feuilles distribuées par le professeur, les garçons lisaient chacun leur tour, puis réalisaient l'exercice.

Quand il a fallu passer devant la classe, les garçons ont présenté des enchaînements moins inventifs et moins bien préparés, alors que les filles étaient plus appliquées, elles ont proposé une plus grande variété dans les transitions et ont été plus constructives dans leurs remarques sur les passages des autres élèves.

 

Barème des figures en arts du cirque (Pontoise, janvier 2016)

Les entretiens sur les pratiques sportives des élèves nous ont permis de voir que les garçons préféraient le football et les filles la danse et la gymnastique. On a aussi remarqué que les filles et les garçons se mélangeaient peu quand il fallait faire des équipes. En effet, les garçons se sentent plus forts que les filles, ils ont plus confiance en eux. Les garçons ont intériorisé une image positive de leurs capacités sportives et les filles s'autocensurent et se dévalorisent, alors qu'elles aiment autant le sport que les garçons, mais pas forcément les mêmes activités sportives.

Citations d'élèves du collège Parc aux Charrettes

« Les garçons sont plus forts en sport parce qu'ils sont plus robustes »

« Je préfère être avec les garçons pour gagner »

« Les garçons sont plus sportifs »

« Les garçons sont meilleurs, les filles ne font rien »

Pour conclure, on constate des différences dans la cour de récréation et dans les pratiques sportives entre les filles et les garçons, mais elles ne sont parfois pas évidentes à observer. L'âge explique aussi de nombreuses différences entre les élèves les plus jeunes et les plus âgés, filles ou garçons.

Dans la cour de récréation et pendant les cours de sport, on offre une image de soi aux autres, le regard extérieur/de son groupe d'ami(e)s et l'appartenance à un groupe de filles ou à un groupe de garçons, à un groupe de pairs (les gens qui nous ressemblent), peuvent expliquer certaines différences dans les pratiques, les activités ou les sujets de conversation des filles et des garçons, dans les goûts et les envies de chacun.

Les résultats de l'enquête de terrain des 3ème B du collège Parc aux Charrettes ont été transposés par les élèves sur des panneaux qu'ils ont pu exposer au CDI de leur établissement et expliquer à leurs parents lors d'un café des parents.

Cour de récréation du collège Parc aux Charrettes (Pontoise, décembre 2015)